Identification des bonnes pratiques

Le projet LESELAM a mis en place depuis 2016 des techniques de lutte contre l’érosion sur des suivis en zone agricole (Dzoumogné), naturelle (Dzoumogné) et urbaine (Mtsamboro, Dembeni).

 

Les zones agricoles

Le problème ?

L’agriculture mahoraise évolue rapidement, avec un recul des pratiques traditionnelles que l’on retrouve avec le jardin mahorais (cultures mélangées, du sol au niveau arboré) vers des monocultures de manioc ou de banane, ou vers du maraichage. Cette évolution conduit à laisser les sols sans protection à certaines périodes sensibles de l’année (début de la saison des pluies), et donc vulnérables au ruissellement et à l’érosion.

La bananeraie a une faible prise au sol et lutte peu efficacement contre l'érosion

Les solutions

Les solutions mises en place et détaillées dans le Guide de Bonnes Pratiques Agricoles (K. Saïd et al, 2020) s’appuient sur des approches simples que l’on retrouve en particulier dans le jardin mahorais. Le but est que les agriculteurs se retrouvent dans ces solutions simples.

 

La présence d’un couvert végétal continu permet un maintien des sols, en limitant le ruissellement et en favorisant l’infiltration. Logiquement, les espèces mises en place sont celles voulues par l’agriculteur, que son objectif soit d’assurer une production vivrière (patate douce, manioc, ..) ou plus commerciale (ananas, agrumes, ..).

L’organisation des cultures apparaît très importante sur certaines parcelles, pentues en particulier. Par exemple, l’alignement d’ananas parallèlement aux courbes de niveau va fortement limiter le ruissellement et stopper la quasi-totalité de l’érosion : la couche superficielle du sol conserve ses nutriments, capte beaucoup plus d’eau, et favorisera ainsi la croissance de la culture principale, permettant de meilleurs rendements.

Ces approches testées dans le projet Leselam servent de démonstrateur aux agriculteurs dans le cadre d’ateliers, leur permettant de constater que ces techniques ne sont pas si éloignées de ce que faisaient leurs parents il y a encore quelques années permettent de protéger les sols, conserver l’eau, et assurent des rendements similaires à court terme et meilleurs à moyen et long terme.

 

Les zones urbaines

Le problème ?

La problématique urbaine est plus complexe car elle englobe plusieurs cas de figures et une multiplicité d'acteurs. L'identification des situations à risque a amené à traiter cinq cas de figure distincts : L'autoconstruction, la gestion des jardins privés, la gestion des ravines, les chantiers communaux et grands chantiers.

Les solutions

 

L'auto-construction

L’auto-construction recoupe tous les petits travaux d'aménagement liés aux domaines privatifs. Trois pratiques rentrent ici en ligne de compte : la gestion des eaux pluviales, celle des eaux usées et la gestion des remblais lors de travaux d'aménagement (tas de terre en particulier).

La gestion des eaux pluviales passe surtout par l'installation et l'entretien de systèmes d'évacuation d'eau. Installer des gouttières sous sa toiture avec un récupérateur d'eau, hermétique afin d'éviter la prolifération de moustiques, permet de contrôler une partie des eaux de pluie et fournit une ressource en eau supplémentaire. Désengorger régulièrement les gouttières et les caniveaux permet de maintenir leur performance et ainsi contenir les écoulements. Cela évite par la même occasion les risques d'inondation observés trop souvent lors des fortes pluies, à cause de l'obstruction des caniveaux qui perdent en performance, induisant ainsi des débordements.

La régularisation par un raccordement aux systèmes d'évacuations centralisés reste la seule alternative autorisée par la loi pour la gestion des eaux usées. Mais dans tous les cas, les relargages d'eaux usées doivent absolument être évités dans des zones à forte pente ou marqués par une absence de végétation. Dans le cas contraire, ces évacuations entraineraient une érosion régulière, voir continue, et pourraient aboutir à la création d'une nouvelle ravine et d'une déstabilisation du sol.

Concernant les travaux d'aménagement, c'est principalement la gestion des remblais qui pose problème. Les amas de gravats sont souvent déposés aléatoirement en attendant une évacuation qui peut prendre plusieurs jours. Lors de fortes pluies, une partie des déchets de construction peut être embarquée par les écoulements d'eau, ce qui participe au transport de sédiments jusque dans le lagon, et à l'obstruction des systèmes d'évacuation d'eau.
Pour limiter ce risque, il est préconisé de placer les déchets de chantier dans une zone à l'abri des écoulements d'eau les plus importants, en évitant de les placer en amont d'une forte pente. Il est également important de placer des bâches de protection au-dessus de ces amas et de prévoir leur évacuation dans les plus brefs délais.

Systèmes d'évacuation d'eau saturés en saison humide

Eaux usées rejetées dans un cours d'eau adjacent

Remblais sans protection en amont d'une forte pente

 

Les jardins privés

Le cas de figure des jardins privés est sensiblement proche de celui des zones agricoles, et les solutions préconisées sont par conséquent assez similaires :

- maintenir une couverture végétale pour limiter la mise à nu du sol, en densifiant les plantations dans le jardin, et en faisant de l'épandage avec les déchets verts produits par le jardin.

- planter des espèces avec un développement racinaire important, un développement foliaire horizontale et proche du sol ou adapté pour réduire l'énergie de l'eau de pluie (ex : ananas, citronnelle, vetiver, bambous, patate douce)

- terrasser avec des enrochements dans le cas de fortes pentes (terrasses construites à partir des pierres présentes sur la parcelle).

Jardin constitué de bananiers qui s'est érodé et affaissé

Jardin avec installation d'une barrière anti-érosive constituée de plusieurs variétés de plantes adaptées à la culture vivrière

 

Les ravines

Les ravines sont des sites qui concentrent de nombreuses problématiques liées à l'érosion des sols. Elles se créent dans des zones à forte pente et sont des chemins creusés par l'eau, qu'elle empreinte systématiquement lors des fortes pluies. Les ravines sont des vecteurs importants de transport de sédiment jusqu'au lagon, et par conséquent des zones prioritaires dans la lutte contre le phénomène d'érosion. En zone urbaine, on peut trouver régulièrement l'implantation d'habitats en bordure, qui s'exposent alors à un risque important d'effondrement. C'est aussi une zone qui concentre des usages nocifs d'ordre sanitaire, avec notamment l'accumulation de nombreux déchets qui induisent la prolifération de moustiques et nuisibles, avec un risque accru de création de zone vectorielle de maladie.

Il est important que la population se réapproprie ces lieux, et limite les dégradations qui aboutissent à une instabilité du sol. En outre, les ravines nécessitent une réimplantation de couvert végétal et de systèmes racinaire viables pour stabiliser les sols et limiter l'érosion.
Les bordures de ravines ont un fort potentiel de dégradation, et figurent parmi les zones non-constructibles. Les constructions qui surplombent les ravines présentent un risque d’effondrement important et doivent être évitées à tout prix.

Maison qui, malgré les efforts, finira par s'effondrer sous son poids dans la ravine, mettant en danger ses occupants.

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